Mon amie Adèle – Sarah Pinborough

mon amie adèle

Quatrième de couverture :

LOUISE
Mère célibataire, elle est coincée dans un quotidien minuté. Un soir pourtant elle embrasse un homme dans un bar… sans savoir qu’il est son nouveau patron.

DAVID
Psychiatre renommé et dévoué à sa femme, il regrette ce baiser mais ne peut s’empêcher de tomber amoureux de son assistante.

ADÈLE
L’épouse de David semble n’avoir aucun défaut. Si ce n’est de vouloir à tout prix devenir l’amie de Louise… Fascinée par ce couple modèle, Louise se retrouve malgré elle piégée au coeur de leur mariage. Et peu à peu, elle commence à entrevoir des failles.

David est-il l’homme qu’il prétend être ?
Adèle, aussi vulnérable qu’elle y paraît ?
Et par quel secret inavouable sont-ils liés l’un à l’autre ?

Impressions :

Lecture mitigée mais j’ose à peine le dire que  tant les avis sur ce roman sont dithyrambiques sur le net…Pour faire court pour les impatients, un vrai bon thriller, une écriture efficace mais pas particulièrement marquée, une excellente construction du roman, des rebondissements, des personnages très bien campés psychologiquement, une fin incroyable et impossible à deviner….MAIS malheureusement pour moi, trop surnaturelle pour que j’adhère. A la décharge de l’auteure, parti comme c’était, il était difficile de finir autrement ce thriller psychologique qui reste haletant.

Vous l’aurez compris, le problème c’est le côté surnaturel du dénouement qui m’a gênée mais si vous aimez ce genre, ou si vous vous laissez porter et entrez dans le monde de l’auteur, alors vous adorerez sans aucun doute ce roman. Il a par ailleurs, comme dit précédemment, toutes les qualités d’un « page-turner », addictif.

Les personnages et la structure du roman sont très réussis : les 3(4) personnages principaux sont attachants ou fascinants, et chaque chapitre qui leur est dévolu à tour de rôle fait progresser l’intrigue de belle manière. Les retour dans le passé sont bien amenés et maintiennent le suspense. Rien à dire, l’auteure maîtrise le genre et je serais  intéressée de lire un autre de ses livres.

La fin est vraiment très forte, bien amenée, et je défie quiconque de la deviner ! Je l’ai appréciée mais le côté surnaturel d’une partie du dénouement m’empêche de refermer ce livre en disant Whaouh !!! Dans le genre, Les mères, de Samantha Hayes, reste à ce jour le livre dont la fin m’a le plus bluffée, en restant réaliste.

Tous mes remerciements,pour la lecture de ce thriller,

à NetGalley et aux Editions Préludes, 

dont je continue à découvrir avec plaisir des romans de bonne qualité.

pro_reader_120

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La disparue de Noël – Rachel Abbott

la disparue de noel

La Disparue de Noël ; Rachel Abbott
Éditions Belfond 
2 novembre 2017
460 pages

 

Quatrième de couverture :

Une route de campagne verglacée. Une voiture qui perd le contrôle : la conductrice est tuée sur le coup ; Natasha, sa fille de six ans assise à l’arrière, se volatilise sans explication. Quelques années plus tard, David, le mari, fait de son mieux pour se reconstruire après le drame qui a emporté sa femme et sa fille. Il forme désormais un couple heureux avec la douce Emma et le petit Ollie, adorable bambin de dix-huit mois qui comble leur foyer. Mais un jour, une inconnue débarque dans leur cuisine. Natasha. Où était-elle toutes ces années ? Comment a-t-elle retrouvé le chemin de la maison ? Si David est fou de joie, Emma, elle, se sent vulnérable devant cette adolescente silencieuse. Cadeau ou malédiction ? Que cache le retour de la disparue de Noël ?

 

Impressions…

Pour les impatients, un thriller qui démarre lentement, mais ensuite très addictif, et malgré quelques invraisemblances et ficelles faciles, du suspense et une fin inattendue et plutôt bien vue.

Les points positifs de ce  thriller :

  • les deux héroïnes féminines, Natasha et Emma, les mieux campées psychologiquement et les plus intéressantes,
  • le flic, dont c’est la quatrième enquête, très attachant, loyal
  • la construction du roman, qui fait que passé le retour de Natasha, on tourne les pages avec avidité pour connaître le dénouement.
  • un bon suspense, quelques retournements de situation bienvenus
  • une fin pas mal car je ne l’avais pas vue venir

Les côtés moins accrocheurs de ce roman :

  • le personnage du père, absolument pas crédible, et pas du tout attachant,
  • les « méchants », caricaturaux et au comportement parfois invraisemblable,
  • le trop-plein de rebondissements en tout genre (trop éparpillés dans différents domaines, du trafic de drogue au braquage, en passant pas le kidnapping d’enfants, etc…ça fait beaucoup pour un unique roman…)
  • la fin, car elle est aussi bien trouvée qu’un peu trop incroyable.

L’écriture est efficace, sans être particulièrement personnalisée, mais ce n’est pas forcément ce qu’on demande à un auteur de thrillers.

A noter que si vous êtes comme moi et n’aimez pas les histoires impliquant des enfants maltraités, ce roman n’en dit pas trop dans ce domaine, et n’a pas du tout un côté voyeur ni dérangeant : même Natasha reste réservée sur ses 6 ans passés loin de sa famille. Vous pouvez donc aborder ce livre sans problème si ce détail vous retenait…

En bref, un bon thriller, addictif et efficace, un sujet classique traité de manière originale malgré quelques faiblesses. A lire. 

Merci aux Editions Belfond et à NetGalley

pour la lecture de ce roman.

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L’Ombre et la Lumière, Jack-Laurent Amar

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Quatrième de couverture :

Alors qu’il n’avait que sept ans le petit Bastien a perdu sa maman à deux reprises. La première, lorsque celle-ci fut frappée d’une soudaine maladie dégénérative du cerveau la rendant totalement amnésique, au point d’en oublier la chair de sa chair, son propre enfant. La seconde, lorsque l’hémorragie cérébrale qui suivit lui arracha la vie. Bien des années plus tard, de nouveaux décès surviennent dans des circonstances similaires. Le jeune et intuitif capitaine RUHAUT flaire alors des homicides et finit par obtenir l’autorisation d’enquêter. Il est pourtant loin d’imaginer l’ampleur de ce qu’il va découvrir.
Laureline, jeune et brillante professeur de français mène une vie paisible mais sera bien malgré elle mêlée à cette histoire, au point de voir sa vie et celle de ses proches menacées.

 Impressions…

En une phrase  : Excellent polar, à découvrir absolument car il est original, haletant et bien écrit.

 Ce que j’ai particulièrement apprécié : Passionnant, du suspense, deux bonnes histoires qui se recoupent, des personnages attachants, originaux pour certains.

En plus, et ce n’est pas négligeable, c’est bien écrit, efficace.

Les personnages principaux sont très bien campés, psychologiquement bien décrits, un peu moins les « méchants » , plus classiques…

Le thème, classique, est pourtant traité de manière très originale car on suit en fait deux histoires qui se recoupent, voire trois. Et il y a un très bon suspense, des rebondissements inattendus et bienvenus.

Allez, un petit bémol (juste histoire de chipoter…!) : il y a de rares passages parfois pas très crédibles. Mais à vrai dire, on s’en fiche tant on a envie d’y croire !

En bref, vraiment un roman addictif ! Très prenant, bien écrit, dont on tourne avidement les pages pour connaître la fin.  A lire absolument donc.

Et hop, une petite idée pour le père-Noël ?

Photo de profil de Jack-Laurent Amar, L’image contient peut-être : une personne ou plus, personnes assises, plein air et eau

Jack-Laurent Amar (photo de sa page facebook)

Lu dans le cadre des Nouveaux Auteurs.

nouveaux auteurs

Une robe couleur de vent, Sophie Nicholls

une robe couleur de vent

Préludes, 4 octobre 2017, 352 pages, traduit de l’Anglais (RU) par Michelle Charrier

Quatrième de couverture :

Fabia Moreno vient de s’installer avec sa fille, Ella, dans la petite ville de York, où elle a ouvert un magasin de vêtements vintage. Une boutique de rêve, comme les femmes de York n’en ont encore jamais vu. Car Fabia possède un don pour dénicher la robe idéale et l’ajuster à chaque cliente. Autour de son commerce, bientôt, les destins se croisent, les identités se révèlent et les amours s’épanouissent… mais naissent aussi la méfi ance et la jalousie.

L’exubérance de Fabia dérange, et la jeune Ella, à la peau cuivrée, est une adolescente bien mystérieuse.

Parviendront-elles à s’intégrer dans la communauté ?

Impressions :

En bref pour les impatients: un livre empreint de tendresse, très bien écrit, d’une écriture fluide, un brin poétique parfois. Une belle relation mère-fille, et des héroïnes attachantes et originales. Et des secrets de famille subtilement distillés.

Vous l’aurez compris, j’ai bien apprécié ce livre car il nous transporte sans fioriture ni excès, ni mièvrerie, juste par l’écriture et l’histoire racontée.

L’héroïne, Fabia, est touchante, courageuse, et les descriptions de ses réalisations en couture font rêver. Elle est l’âme du lieu, du magasin, de la ville, ne vit que pour sa fille mais on sent chez elle, malgré son extravagance, une retenue, une envie de se faire discrète, de ne pas se faire remarquer. Elle semble toujours prête à partir….Pourquoi ?

Sa fille, une adolescente de 15 ans, semble s’épanouir difficilement auprès de cette mère que pourtant elle adore, dont elle ignore en fait la plus grande partie de sa vie avant sa naissance. On sent une jeune fille aimant la vie mais qui n’arrive pas à s’épanouir. Dans cette nouvelle ville, York, elle se fait pourtant un ami et semble s’ouvrir…

Mais les deux femmes, belles autant qu’étranges, doivent faire face à la peur de la différence, aux rumeurs, aux diffamations, à la jalousie.

En effet, le thème de la différence, du rejet est au centre de ce roman, aux côtés de la couture, très beau thème bien évoqué ici.

Il est difficile de vous en dire plus sur les secrets de Fabia, ses peurs, etc…sans spolier les découvertes qu’on fait subtilement tout au long du roman. Bien sûr, le côté italien de ma famille et mon lieu de naissance m’ont d’autant plus fait aimer ce livre mais il plaira à un grand nombre. Le rythme est certes assez lent mais convient à l’histoire.

Et malgré un épilogue un peu convenu, je vous conseille ce beau roman. pro_reader_120

Merci aux Editions Préludes et à NetGalley pour la lecture de ce roman.

 

Hillbilly élégie (J.D.Vance)

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#MRL17

quatrième de couverture : (Editeur)

Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter.

Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump. Roman autobiographique, roman d’un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

Impressions :

« Ce livre n’est pas mon histoire mais celle de ma famille- une histoire d’occasions saisies et d’ascension sociale vue à travers les yeux d’un groupe de Hillbillies des Appalaches.(…) Voilà pour la version courte. La version longue, ce sont les pages qui suivent.

Cette phrase de J.D.Vance, présente dans son introduction, résume à elle-seule le roman. En effet, il s’agit d’un récit de vie, fluide, sans fioriture, avec anecdotes, faits divers, souvenirs bons et mauvais liés aux amis un peu, et à la famille essentiellement, qui a porté J.D.Vance où il est aujourd’hui, de son propre aveu (avocat, diplômé de Yale).On se prend à suivre ce récit autobiographique comme une histoire bien contée, avec des personnages attachants (ses grands parentds…)ou effrayants, bien vivants à travers les mots de l’auteur, partagé entre son nouveau milieu symbolisant sa réussite, et ces Hillbillies qui représentent ce qu’il a été et ce qui l’a façonné.

MAIS….Mais il manque à ce roman une dimension qu’on pourrait attendre d’après le résumé, celle qui nous expliquerait, nous ferait mieux connaître le milieu familial d’origine de l’auteur, les Hillbillies, et leur soutien, comme le laisse entendre J.D.Vance, au candidat puis président Donald Trump. Car sorti d’anecdotes vécues ou non par l’auteur, et mis à part le détail de son ascension personnelle, sociale et professionnelle qui est finalement le thème principal du livre, on n’apprend pas suffisamment en profondeur ce qu’il en est de cette communauté, ces ouvriers blancs pauvres, répartis sur une ceinture atlantique d’états de l’Est des USA,  déchus lors des différentes crises économiques et industrielles de leur région, et a priori supporters convaincus de Donald Trump…(?)

Il faut bien le dire, j’avais choisi ce livre parce-qu’une question me taraudait (et sans doute certains d’entre vous aussi) : qui sont ces citoyens américains qui ont porté à la présidence Donald Trump ? On a souvent entendu dire toute cette année et pendant la campagne, qu’il s’agissait de gens pauvres, blancs, racistes, armés jusqu’aux dents et prônant des valeurs archaïques. Bref, des clichés. Qu’un tel livre, à mon sens, écrit par un homme issu du milieu concerné, pouvait mettre à mal et/ou expliciter. Objectif pas tout à fait rempli, pour les raisons évoquées ci-dessus, ce manque de profondeur et d’analyse précise des observations. Mais il y a cependant du bon aussi dans ce roman, à commencer par la qualité de l’auteur à raconter son histoire familiale, dans le contexte géographique et social des Appalaches.

Un point positif à mettre à l’actif de J.D.Vance est d’ailleurs le regard sans jugement, voire compréhensif, objectif, qu’il porte sur tous ces gens qu’il a côtoyés et aimés MAIS dont il regrette l’inertie, le pessimisme et la propension à s’appesantir sur leur passé plutôt que d’agir pour le futur de leurs enfants.

Quelques précisions :

Quand on regarde le sous-titre du livre en anglais US, « Memoir of a family and culture in crisis », et lorsqu’on sait, comme l’a dit Vance en interview, que ce mémoire était au départ un devoir d’étudiant de 3éme année, on comprend mieux que l’ascension de l’auteur lui-même soit au centre du livre : c’était en effet le point de départ de ce devoir  :  pourquoi était-il un cas à part, peu fréquent dans sa communauté, à avoir réussi à s’élever socialement et professionnellement ?

En résumé :

Bien que (un peu trop ?) centré sur J.D.Vance, l’ensemble reste agréable à lire mais nous éloigne du propos attendu, l’étude et l’analyse de cette classe d’Américains blancs, pauvres, touchés par le chômage et dont la résignation et les valeurs archaïques en ont fait des supporters (proies faciles ?) de Trump qui les séduisait et semblait les comprendre, en tout cas dans ses discours. (Et on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec d’autres laissés pour compte qui, non par racisme mais par lassitude et désespoir, en arrivent à voter pour des hommes/femmes controversés et qui les oublient  une fois au pouvoir…)

les points + :                                                                                                                                          * Un bon récit autobiographique, raconté de manière fluide, avec de nombreux personnages bien campés, des anecdotes effarantes ou surprenantes, parfois émouvantes quand il évoque ses grands parents, et sur une communauté qu’on connait peu quand on vit ailleurs qu’aux USA , un intérêt accru par l’actualité (on parle beaucoup du bilan de Trump un an après en ce moment, et de ses électeurs supposés et/ou confirmés,qui le soutiennent encore maintenant).

les points – :

Déception par rapport au sujet, les Hillbillies d’un point de vue social et politique (quatrième de couverture) , car il est survolé. L’écriture est par ailleurs classique sans relief particulier,  à l’image de l’avocat qu’est Vance, concise et convaincante, efficace.

 

                       MERCI AUX EDITIONS GLOBE ET A PRICE MINISTER POUR L’ENVOI DE CE LIVRE DANS LE CADRE   DES MATCHES DE LA RENTREE LITTERAIRE

 

matches rentree litteraire

 

En écoutant un  bon groupe de Musique Country, vous pouvez compléter cette lecture par :

  • la revue America, qui suit  la présidence de Trump et doit « nous aider à comprendre cette Amérique de Trump par le biais des écrivains. »
  • Les nouvelles de Callan Wink, Courir au clair de lune avec un chien volé, (albin michel), parce-que c’est un excellent recueil et aussi parce-qu’il évoque les habitants d’une autre grande région, celle des grandes plaines, où le chômage et les électeurs de Trump sont présents également (mais il s’agit de fictions, d’une vraie écriture littéraire personnelle, d’une sensibilité bien différente. Et cela parle de personnages un peu paumés, à un tournant de leur vie, dans laquelle les femmes sont souvent un maillon important.)

Et parce-que j’y ai pensé en lisant Hillbilly élégie…

  • …OLivier Norek, Entre deux mondes (Lafon), parce-qu’il nous parle aussi de laissés pour compte (les migrants), mais en France, et parce que bien qu’étant une fiction, c’est un livre coup de poing qui fait prendre conscience de nos peurs et de nos rejets de ceux qui sont assimilés à l’étranger, celui qui « pique  » le boulot, ou celui qui fait peur (terrorisme)….Des peurs visiblement universelles…

 

La petite danseuse de quatorze ans, de Camille Laurens (2017)

Très différemment de ses autres romans, Camille Laurens a écrit cette fois presqu’un essai et s’est intéressée à la génèse de la sculpture de Degas très connue, la petite danseuse de  quatorze ans (entre 1875 et 1880), existant en plusieurs versions (bronze ou cire).

dansuese orsay

musée d’Orsay

Dans la première partie, on découvre le monde des petits rats de l’opéra, de ces petites filles pauvres que leurs mères, souvent célibataires et dans la misère, vendaient à l’opéra pour un maigre salaire. Ces petites filles travaillaient dur et devaient souvent, en plus de leurs jambes, vendre leur corps à un riche abonné de l’opéra qui puisse, au mieux,  leur servir de protecteur (comme on peut d’ailleurs l’imaginer dans cette toile de Degas, L’Etoile, peinte en 1876, où l’on peut apercevoir sans doute un de ces « protecteurs »…)

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L’Etoile, Degas , 1876, Musée D’Orsay

Marie Van Goethem, petite fille belge de 14 ans, fut l’un de ces petits rats de l’Opéra. Elle servit de modèle à Degas pour sa sculpture. Camille Laurens s’interroge sur les raisons qui poussèrent Degas à la réaliser de manière si réaliste, avec de vrais vêtements et des traits ingrats voire vicieux qui amenèrent les visiteurs  du salon des Impressionistes de 1881 à crier au scandale et à critiquer très durement aussi bien la sculpture que le modèle.  Elle nous transporte dans ce Paris de la fin du XIXème, où tout n’est qu’apparence et où la vérité ne saurait se montrer. Les visiteurs du salon ont sans doute vu dans cette sculpture leurs propres déviances et perversions, d’où leurs cris faussement outrés.

Dans une seconde partie, Camille Laurens s’est intéressée à la relation/non relation entre Degas et son modèle, au souhait de Degas de dénoncer ou en tout cas de montrer par son art ces vies difficiles de filles à peine pubères : la représentation de la vérité dans sa sculpture est le moyen qu’il a trouvé.

Et enfin, dans la dernière partie, Camille Laurens a cherché à en savoir plus sur cette petite Marie, sur ce modèle, ce qu’a pu être sa vie par la suite.

-> L’auteure s’est vraiment beaucoup documenté, son écriture est fluide et sans fioritures inutiles, et on peut lire très facilement son (court, 176 pages) roman car il est passionnant, s’attachant à toutes les facettes d’une oeuvre fascinante et que tout le monde connaît de vue. 

Il n’est pas nécessaire de s’y connaître dans l’art du XIXème pour apprécier ce livre mais forcément, pour ceux qui s’y intéressent, c’est un plus indéniable.

Et pour ceux à qui cela donnerait envie de (re)découvrir Degas, une exposition s’ouvre au Musée d’Orsay (28 nov 2017 au 25 fév 2018) : Degas Danse Dessin.290982-degas-danse-dessin-l-exposition-du-musee-d-orsay

Je remercie pro_reader_120les éditions Stock et NetGalley

pour cette lecture vraiment très intéressante.

Soirée littérature américaine ! Avec Francis Geffard et Callan Wink

Quelle belle rencontre que celle avec Francis Geffard et Callan Wink !

2017-09-30 20.34.39

les Gentils Libraires du Grenier, Dinan (22) – Callan Wink et Francis Geffard

Francis Geffard d’abord,  est libraire (créateur et PDG des 1000 pages, à Vincennes), éditeur (il a créé les collections Terre indienne et  Terres d’Amérique  chez Albin Michel) et à l’origine du festival America . Il a découvert dès 2011 le jeune Callan Wink (27 ans à ce moment-là), grâce à une nouvelle (déjà celle qui donne le titre au recueil) publiée dans le New Yorker. Il avait alors pris contact avec le jeune auteur et quelques années plus tard, ils publient ensemble « courir au clair de lune avec un chien volé » (la nouvelle qui donne son nom au recueil est justement celle publiée par le New Orker en 2011).

Francis Geffard a visiblement le chic pour découvrir les pépites (il s’est comparé lui-même, si, si, à un chercheur de truffes…!), de Louise Erdrich à Joseph Boyden, en passant par Anthony Doerr. Et il a l’enthousiasme contagieux ! Il parle très bien, avec passion, aussi bien de son(ses) métier(s) que de ses jeunes auteurs, il capte l’intérêt du public et manie l’humour avec naturel. Bref, on n s’ennuie pas à l’écouter nous parler de la situation des USA économiquement mais aussi par rapport aux minorités et notamment les Indiens (« Leur passé ne passe pas, il est leur présent » ), de l’édition de nouvelles, un genre qu’il affectionne mais pas vraiment lu en France, la découverte et l’accompagnement de jeunes auteurs américains, l’importance de la traduction « qui doit parfois s’éloigner du texte original pour mieux s’en rapprocher »…De nombreux sujets variés, donc, et un homme très accessible lors de l’apéro qui a suivi la rencontre !

Quant à Callan Wink, bien que réservé, il a su parler avec beaucoup de simplicité et de naturel de sa vie (enfance sans TV, idéale pour se lancer dans la lecture !), de son livre, de son goût pour les nouvelles. Il a aussi évoqué ses deux « métiers »-indispensables à son équilibre-  guide de pêche à la mouche l’été, écrivain le reste du temps, sa vie dans les grands espaces du nord ouest des USA (il vit dans le Montana), la situation désastreuse et précaire des Indiens… Et il a évoqué son amitié avec Jim Harrison, avec lequel il a partagé conseils d’écriture, longues conversations, parties de pêche…ainsi que son admiration pour l’écriture de Cormac McCarthy (un de ses  livres préférés est d’ailleurs « méridien de sang » de cet auteur). Tout cela avec humour et humilité ! Y compris lors de la séance de dédicaces et l’apéro où l’on a pu échanger un peu plus et sur des sujets très divers (la France, Dinan et son côté médiéval, le fromage (!) français, sa tournée en France et en Suisse (Oron, festival America, petit frère de celui de Vincennes),  ses deux prochains mois en résidence à Vincennes…), son futur premier roman sur lequel il travaille…Et pour lequel on espère bien le retrouver à Dinan !

Merci aux Gentils Libraires du Grenier, à Dinan, pour cette belle soirée, inoubliable.

Et vivement la prochaine, le  novembre, avec ….Craig Johnson !!!!!Yeaaaah !