Concours pour le Paradis, de Clélia Renucci

concours pour le paradis

                 Albin Michel, Août 2018                                   photo de couverture :                       Junon versant ses dons au sein de Venise, Véronèse –  Plafond de la salle des Dix du Palais des Doges, Venise

« Tout est dévasté, consumé, calciné. C’est de cet enfer qu’allait renaître le Paradis. »

Impressions…

Amoureux de Venise, amateurs de bonnes histoires réelles bien écrites, sur fond de rivalité et d’art, hâtez vous d’ouvrir ce roman de Clélia Renucci.

Le postulat de départ est simple : suite à un incendie du palais des Doges, un concours est organisé pour remplacer la grande peinture qui ornait le fond de la salle des Dix. Plusieurs peintres célèbres participent à ce concours dont Véronèse et le Tintoret, déjà bien établis dans la ville.

Ce roman, en deux parties pourrait-on dire, décrit d’abord les aléas du concours, sur fond de compromis politiques et artistiques avec les mécènes, de rivalités artistiques entre les peintres, de jalousie et trahisons.

En effet,  soutenus par leurs mécènes et/ou politiciens respectifs, plus ou moins corrompus et influençables, et dans une ambiance survoltée et codifiée, Véronèse et le Tintoret vont rivaliser d’audace calculée et d’ambition pour gagner ce projet très important.
Ce n’est pas dévoiler sournoisement le suspense que vous révéler que c’est le Tintoret qui réalisera cette immense toile du Paradis car Véronèse, qui a pourtant gagné avec Bassano, a eu « le bon goût » de mourir avant de réaliser son projet. Il sera quand même présent dans cette salle des Dix grâce au plafond, dont la couverture est extraite.

(ci-dessus les premières esquisses de Le Tintoret (en haut) et celles du Véronèse (en bas) )

Les esquisses présentées et rejetées, les soutiens fluctuants, les trahisons amicales et familiales, rien ne sera épargné à ces deux grands peintres et la première partie du livre, qui relate ce duel artistique, est vraiment passionnante. Elle est aussi plus vivante que la seconde, qui s’attache davantage à dépeindre la réalisation de l’immense toile du Tintoret.
Bien que bien écrite et parfaitement documentée, cette seconde partie est moins fluide, intéressante mais plus technique que romanesque, et m’a moins enthousiasmée.

On sort malgré tout de cette lecture en ayant le sentiment d’un voyage dans la Venise de la Renaissance, pas si facile à vivre ni si réjouissante dans son fonctionnement politique et religieux, mais toujours fascinante.

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Palais des Doges et place Saint Marc, Venise

Et on n’a qu’une envie, même si comme moi on connaît déjà cette superbe ville unique, se rendre dans la Sérénissime pour y retrouver les lieux et oeuvres décrits et ressentir, au détour d’une salle du Palais des Doges, le souffle de ces deux grands peintres que furent Véronèse et le Tintoret, et dont Clélia Renucci a su rendre la dualité homme/artiste de belle manière.

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Le Paradis, de Le Tintoret, salle des Dix du palais des Doges, Venise

Merci à Rakuten et à Leilona du blog Bricabook de m’avoir permis de lire ce très bon roman.

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#concourspourleparadis#cleliarenucci#MRL18#Rakuten

 

 

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Hillbilly élégie (J.D.Vance)

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#MRL17

quatrième de couverture : (Editeur)

Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter.

Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump. Roman autobiographique, roman d’un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ? Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

Impressions :

« Ce livre n’est pas mon histoire mais celle de ma famille- une histoire d’occasions saisies et d’ascension sociale vue à travers les yeux d’un groupe de Hillbillies des Appalaches.(…) Voilà pour la version courte. La version longue, ce sont les pages qui suivent.

Cette phrase de J.D.Vance, présente dans son introduction, résume à elle-seule le roman. En effet, il s’agit d’un récit de vie, fluide, sans fioriture, avec anecdotes, faits divers, souvenirs bons et mauvais liés aux amis un peu, et à la famille essentiellement, qui a porté J.D.Vance où il est aujourd’hui, de son propre aveu (avocat, diplômé de Yale).On se prend à suivre ce récit autobiographique comme une histoire bien contée, avec des personnages attachants (ses grands parentds…)ou effrayants, bien vivants à travers les mots de l’auteur, partagé entre son nouveau milieu symbolisant sa réussite, et ces Hillbillies qui représentent ce qu’il a été et ce qui l’a façonné.

MAIS….Mais il manque à ce roman une dimension qu’on pourrait attendre d’après le résumé, celle qui nous expliquerait, nous ferait mieux connaître le milieu familial d’origine de l’auteur, les Hillbillies, et leur soutien, comme le laisse entendre J.D.Vance, au candidat puis président Donald Trump. Car sorti d’anecdotes vécues ou non par l’auteur, et mis à part le détail de son ascension personnelle, sociale et professionnelle qui est finalement le thème principal du livre, on n’apprend pas suffisamment en profondeur ce qu’il en est de cette communauté, ces ouvriers blancs pauvres, répartis sur une ceinture atlantique d’états de l’Est des USA,  déchus lors des différentes crises économiques et industrielles de leur région, et a priori supporters convaincus de Donald Trump…(?)

Il faut bien le dire, j’avais choisi ce livre parce-qu’une question me taraudait (et sans doute certains d’entre vous aussi) : qui sont ces citoyens américains qui ont porté à la présidence Donald Trump ? On a souvent entendu dire toute cette année et pendant la campagne, qu’il s’agissait de gens pauvres, blancs, racistes, armés jusqu’aux dents et prônant des valeurs archaïques. Bref, des clichés. Qu’un tel livre, à mon sens, écrit par un homme issu du milieu concerné, pouvait mettre à mal et/ou expliciter. Objectif pas tout à fait rempli, pour les raisons évoquées ci-dessus, ce manque de profondeur et d’analyse précise des observations. Mais il y a cependant du bon aussi dans ce roman, à commencer par la qualité de l’auteur à raconter son histoire familiale, dans le contexte géographique et social des Appalaches.

Un point positif à mettre à l’actif de J.D.Vance est d’ailleurs le regard sans jugement, voire compréhensif, objectif, qu’il porte sur tous ces gens qu’il a côtoyés et aimés MAIS dont il regrette l’inertie, le pessimisme et la propension à s’appesantir sur leur passé plutôt que d’agir pour le futur de leurs enfants.

Quelques précisions :

Quand on regarde le sous-titre du livre en anglais US, « Memoir of a family and culture in crisis », et lorsqu’on sait, comme l’a dit Vance en interview, que ce mémoire était au départ un devoir d’étudiant de 3éme année, on comprend mieux que l’ascension de l’auteur lui-même soit au centre du livre : c’était en effet le point de départ de ce devoir  :  pourquoi était-il un cas à part, peu fréquent dans sa communauté, à avoir réussi à s’élever socialement et professionnellement ?

En résumé :

Bien que (un peu trop ?) centré sur J.D.Vance, l’ensemble reste agréable à lire mais nous éloigne du propos attendu, l’étude et l’analyse de cette classe d’Américains blancs, pauvres, touchés par le chômage et dont la résignation et les valeurs archaïques en ont fait des supporters (proies faciles ?) de Trump qui les séduisait et semblait les comprendre, en tout cas dans ses discours. (Et on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec d’autres laissés pour compte qui, non par racisme mais par lassitude et désespoir, en arrivent à voter pour des hommes/femmes controversés et qui les oublient  une fois au pouvoir…)

les points + :                                                                                                                                          * Un bon récit autobiographique, raconté de manière fluide, avec de nombreux personnages bien campés, des anecdotes effarantes ou surprenantes, parfois émouvantes quand il évoque ses grands parents, et sur une communauté qu’on connait peu quand on vit ailleurs qu’aux USA , un intérêt accru par l’actualité (on parle beaucoup du bilan de Trump un an après en ce moment, et de ses électeurs supposés et/ou confirmés,qui le soutiennent encore maintenant).

les points – :

Déception par rapport au sujet, les Hillbillies d’un point de vue social et politique (quatrième de couverture) , car il est survolé. L’écriture est par ailleurs classique sans relief particulier,  à l’image de l’avocat qu’est Vance, concise et convaincante, efficace.

 

                       MERCI AUX EDITIONS GLOBE ET A PRICE MINISTER POUR L’ENVOI DE CE LIVRE DANS LE CADRE   DES MATCHES DE LA RENTREE LITTERAIRE

 

matches rentree litteraire

 

En écoutant un  bon groupe de Musique Country, vous pouvez compléter cette lecture par :

  • la revue America, qui suit  la présidence de Trump et doit « nous aider à comprendre cette Amérique de Trump par le biais des écrivains. »
  • Les nouvelles de Callan Wink, Courir au clair de lune avec un chien volé, (albin michel), parce-que c’est un excellent recueil et aussi parce-qu’il évoque les habitants d’une autre grande région, celle des grandes plaines, où le chômage et les électeurs de Trump sont présents également (mais il s’agit de fictions, d’une vraie écriture littéraire personnelle, d’une sensibilité bien différente. Et cela parle de personnages un peu paumés, à un tournant de leur vie, dans laquelle les femmes sont souvent un maillon important.)

Et parce-que j’y ai pensé en lisant Hillbilly élégie…

  • …OLivier Norek, Entre deux mondes (Lafon), parce-qu’il nous parle aussi de laissés pour compte (les migrants), mais en France, et parce que bien qu’étant une fiction, c’est un livre coup de poing qui fait prendre conscience de nos peurs et de nos rejets de ceux qui sont assimilés à l’étranger, celui qui « pique  » le boulot, ou celui qui fait peur (terrorisme)….Des peurs visiblement universelles…